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Ma femme

Quand je pensais à elle, la première image qui me venait était elle, assise, l’air contrit et le sourire timide.
Ma femme et moi étions mariés depuis presque un an. C’était certes un mariage arrangé, une cousine éloignée que mon père souhaitait que j’épouse, mais nous nous connaissions depuis longtemps, elle avait toujours semblé bien m’apprécier et moi je l’aimais déjà de loin. Cela faisait un mois que nous étions physiquement séparés, à cause d’un voyage d’affaire. Elle me manquait bien sûr mais quelque part je me sentais soulagé. Ma femme était pourtant belle, gentille, amusante, nous passions de longs moments à discuter mais elle se fermait dès que je devenais plus tendre. J’ignorais si c’était du rejet, de la pudeur ou sa nature mais il lui manquait ce grain de folie, ce laisser-aller quand il s’agissait d’amour. En fait, dans ces moments là, j’avais l’impression que mon affection était un poids. Elle baissait la tête, tordait ses doigts, bafouillait. Je lui demandais si je pouvais l’embrasser, elle ne disait pas oui mais elle me faisait comprendre que ce n’était pas non. Elle accueillait mon baiser comme si elle l’attendait depuis longtemps alors que le reste de son corps restait inerte. Sa bouche était douce, chaude, tremblante mais dès que le baiser se finissait, ses yeux regardaient ailleurs. Elle n’en demandait pas un deuxième alors que je brûlais. Je lui disais quelque chose, justement que je brûlais, elle répondait faiblement que c’était pareil pour elle. J’attendais alors mais rien ne se passait. Je n’osais plus faire ce premier pas, d’ailleurs je l’avais fait, je ne voulais pas faire le second, de peur de l’avoir froissée, forcée. Je ne voulais pas me voir sordide et laid. Je voulais sentir ce même enthousiasme déborder d’elle comme de moi. Était-ce son corps, était-ce sa bouche, lequel des deux mentait ? Ses yeux froids me paralysaient. Je voulais me filer des claques. Mon désir m’encombrait autant qu’il semblait l’encombrer elle, il me tombait des bras, rampait tel un vers pour se cacher sous le fauteuil. J’avais du mal à me lever, à changer de sujet mais vite il le fallait. Plus je m’éloignais, plus elle était libre, plus je me tassais. Et voilà que je me retrouvais assis en face d’elle, l’air contrit et le sourire timide.