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Trouvé DDT de Suehiro Maruo à Paris. Je l’ai lu dans le train, je me demande bien pourquoi mon voisin me regardait étrangement après.

Trouvé DDT de Suehiro Maruo à Paris. Je l’ai lu dans le train, je me demande bien pourquoi mon voisin me regardait étrangement après.

La fille avec ce prénom commun

Quand j’étais en 5ème, il y avait cette fille qui s’appelait comme moi. Mais bien que nous partagions un prénom, elle était mon opposée. Elle avait des boucles blondes qui encadraient son visage de poupée, petite, mince mais avec déjà deux petits boutons que l’on devinaient sous sa chemise, alors que j’étais une grande tige brune et plate. Quand nous rentrions le soir et que j’osais parfois croiser notre reflet dans une vitre, la différence me terrassait. J’étais si laide avec ces grosses lunettes et mon corps vouté tandis qu’elle, elle flottait. Je l’avais tant regardée durant la journée que je me trouvais étrangère, je m’étais oubliée, n’ayant plus que son visage en tête.
A l’école, elle avait une deuxième meilleure amie et il me semblait qu’elle passait plus de temps avec elle qu’avec moi. Je souffrais quand j’entendais qu’elles avaient passé le mercredi après-midi ensembles, quand elles s’asseyaient côte à côte en classe ou qu’elles rentraient sans m’attendre. Dans mon journal, je notais toutes sortes de choses à son propos et insultais son amie copieusement. Alors, quand enfin elle m’invita chez elle manger des crêpes, ce fut l’apogée. Sa chambre, sa garde-robe, ses chaussures, ses jeux, son chien, tout ce qu’elle avait était merveilleux. Dès mon retour, je trouvai ma chambre affreuse et terne. Je m’efforçai de changer les meubles de place pour que tout soit plus acceptable. Je demandai à mes parents un chien ou une petite sœur, mais mes suppliques restèrent sans réponse. A la fin de l’année, j’avais tant souffert de l’attitude de son autre amie qui me mettait à l’écart, et ainsi me l’enlevait, que je lui écrivis une lettre parfumée pour le lui avouer. Je pensais qu’elle comprendrait, qu’elle me rassurerait. Mais sa réponse me glaça. Elle ne voulait plus me parler. Dans son esprit, tous les petits détails, tous les mots que j’avais dit prenaient un sens nouveau et dressaient maintenant le portrait évident d’une folle. Si j’avais voulu savoir son code d’entrée c’était parce que j’étais folle, si j’avais crié sur son amie - quand elle avait triché au sport - c’était parce que j’étais folle… Je tremblai et je déchirai sa lettre, pour la ranger ensuite. J’eus toutes les vacances d’été pour trouver une solution, jusqu’à m’en rendre malade. Finalement je ne fis rien, et à la rentrée, l’ignorai simplement. Le sort fit que je fus avec elle dans la nouvelle classe et pas son autre amie.  Ah ! Si je n’avais pas écrit cette lettre ! Si j’avais juste attendu ! Maintenant, je me retrouvai seule. Je me mis alors à la haïr avec une telle force ! Quand j’étais derrière elle, en classe, j’imaginais que je lui tirais les cheveux. Avec ses nouvelles amies, elles se moquaient de moi et m’appelaient “le glaçon” car j’étais seule, ne souriant et ne parlant à personne. Surnom assez ironique puisque c’est le trop grand attachement que je lui portais qui nous avait séparées. Et puis tout ça passa.
A l’époque, je n’avais jamais vu d’aussi longs ongles que les siens. Le souvenir de ces demi-lunes d’un blanc laiteux qui brillaient au bout de ses fins doigts fut sûrement l’un de mes premiers émois. Aujourd’hui, je laisse pousser les miens, je les mesure et range les cassés. Je griffe les hommes et les femmes jusqu’au sang et j’adore leur tirer les cheveux. Mais jamais, jamais je n’avoue que je les aime.